Le festival de la viande de chien de Yulin s’est ouvert cette semaine – pour la dernière fois, espérons-le

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Le festival de la viande de chien de Yulin s’est ouvert cette semaine, pour la dernière fois, espérons-le. La pandémie de COVID-19, causée par un coronavirus qui serait apparu chez des chauves-souris dans un marché humide à Wuhan, en Chine, force le pays à questionner ses relations avec les animaux. Nous devons en faire de même en Occident.

Les marchés de viande de chien sont légitimement condamnés partout à travers le monde, y compris en Chine : c’est que, pour la majorité d’entre nous, l’idée d’abattre, de cuisiner et de consommer des chiens, que nous sommes nombreux à côtoyer et chérir, suffit à nous retourner l’estomac. Comment se fait-il alors que la plupart d’entre nous puisse passer devant un restaurant de poulet frit sans même sourciller ? En l’espace de dix jours, le temps de ce festival, jusqu’à 15 000 chiens seront abattus et étripés. Pendant ce temps en France, ce sont 30 millions d’animaux d’autres espèces, tenant tout autant à leurs vies, qui seront tués pour satisfaire notre appétit.

Rationnellement, rien ne justifie que nous ayons ainsi deux poids deux mesures, surtout lorsque l’on sait que les animaux servis sur les tables françaises subissent des horreurs très similaires à ce qu’endurent les chiens tués et mangés à Yulin, souvent transportés depuis d’autres villes. Ils sont entassés dans des cages exiguës et chargés dans des camions qui peuvent alors parcourir des centaines de kilomètres. Il en va de même pour les centaines de milliers d’animaux transportés vivants entre la France et d’autres pays, parfois même extérieurs à l’Union Européenne, pour être finalement abattus.

À Yulin, certains chiens sont roués de coups à la tête. Si cette pratique paraît grotesque, elle n’en est pas moins parfaitement banale pour les employés de la pêche commerciales, qui assènent des coups répétés sur la tête des poissons, et attendrissent la chair des poulpes, animaux sensibles et intelligents, en les cognant encore vivants contre des pierres.

À Yulin, la plupart des restaurateurs sont convaincus que l’adrénaline donne meilleur goût à la chair animale, et abattent donc le plus souvent les chiens devant leurs congénères. C’est abject ; mais en France, chaque année, plusieurs millions de cochons reprennent conscience avant de mourir. Gabriele Meurer, vétérinaire en abattoir, dresse un constat alarmant : « les cadences de travail sont si effrénées que les employés d’abattoirs ne parviennent pas toujours à placer convenablement les pinces électriques sur les têtes des cochons. Ils sont alors insuffisamment étourdis, ils reprennent conscience alors qu’ils se vident de leur sang, et ils sont encore parfaitement alertes quand on les plonge dans de l’eau bouillante. Les moutons ne sont pas mieux étourdis. »

En France, selon L214, 4 millions de cochons – près de 15 à 18 % des cochons abattus chaque année – seraient gazés au dioxyde de carbone. Avant de perdre conscience, ces cochons peuvent suffoquer pendant près de trente à quarante-cinq secondes. Comme le montrent des images d’enquête de L214, on peut entendre leurs cris paniqués, alors qu’ils suffoquent et tentent de s’échapper de la chambre à gaz. Si l’industrie française de la viande traitait les chiens et les chats comme elle traite les cochons, les poulets, les vaches et les moutons, elle croulerait sous les plaintes pour cruauté envers les animaux.

Au fond, nous savons bien qu’aucun animal ne veut souffrir et finir dans nos assiettes. Mais depuis notre plus jeune âge, nous sommes pour la plupart conditionnés à voir certaines espèces comme dignes de notre considération et de notre compassion et pas d’autres, selon des préférences humaines tout à fait arbitraires. Qu’ils le veuillent ou non, les parents, les enseignants, les médias et d’autres influences apprennent aux enfants à voir les chiens et chats comme des « amis », les vaches et les poulets comme de la « nourriture », et les rats et souris comme de la « vermine ». Souvent, on leur dit également que les intérêts des humains surpassent toujours ceux des autres animaux. La conséquence de tout cela, c’est que nous ignorons nos propres consciences, qui nous rappellent qu’il est mal de faire souffrir les autres. Nous nous persuadons que nous avons le droit d’emprisonner les animaux dans les laboratoires pour leur faire subir des expériences et les tuer, dans l’éventualité que cela puisse aider des humains. Nous nous disons qu’il est normal de manger de la glace au lait de vache, que notre goût pour ce dessert a plus de valeur que le besoin instinctif qu’a une mère vache d’allaiter son petit. Il nous paraît légitime de voler la laine d’un mouton pour nos écharpes, et les plumes des canards pour nos oreillers. Notre soif de divertissements et de profit justifierait d’enfermer une orque dans un bassin de béton. L’amusement procuré par la pêche aurait plus d’importance que la douleur ressentie par les poissons lorsqu’un hameçon transperce leurs joues et qu’ils s’asphyxient hors de l’eau.

Je pense souvent aux mots d’Isaac Bashevis Singer, qui écrivit que, dans leurs relations avec les animaux, « tous les humains sont des nazis. » C’est une idée gênante, mais il est difficile de la nier.

Nous pouvons – et nous devons – repenser cette vision du monde toxique et spéciste. Si cette pandémie nous aura appris quelque chose, c’est bien que tous les êtres vivants sensibles sont interconnectés. Il est temps que nous réévaluions nos préjugés, qu’ils soient xénophobes, sexistes, racistes ou spécistes, et que nous nous dressions contre la violence, quelles qu’en soient les victimes. Est-ce rêver que de vouloir que 2020 soit l’année durant laquelle nous commencerons enfin à traiter tous les êtres sensibles avec le respect et la considération qu’ils méritent ?

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