Allain Bougrain Dubourg : « L’agression à l’égard des animaux s’apparente à un crime contre l’humanité »

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30millionsdamis.fr : Pourquoi écrire à la place des animaux ?
Allain Bougrain Dubourg : Depuis longtemps et par bonheur il y a eu de très belles plumes qui se sont exprimées en faveur des animaux et qui ont tenté de les défendre. Je me suis dit qu’il était singulier, nouveau et peut-être davantage constructif, de donner la parole aux animaux pour qu’eux-mêmes plaident leur propre cause à l’égard de ce qui les touche : le taureau au torero, l’ortolan au braconnier, le cochon à l’éleveur…
Alors évidemment, cela conduit à flirter avec l’anthropomorphisme, c’est-à-dire à prêter des sentiments humains aux animaux, puisqu’ils doivent prendre la parole pour finalement se faire entendre des humains. Cela me gênait un peu au départ… mais quand on progresse dans la démarche, on se rend compte que plus on avance dans l’éthologie, plus les comportements des animaux se rapprochent des comportements humains. C’est d’ailleurs toute l’affaire de la sensibilité : on voit que les animaux sont capables de s’accoupler pour le plaisir et pas pour pérenniser l’espèce, de tricher, de mentir, d’aimer, d’être solidaires, d’avoir de la compassion, de rire… toutes choses qui étaient jusqu’à présent censées être réservées aux hommes.
A qui dédiez-vous ce livre ?
Les premiers intéressés sont d’abord les éleveurs en batterie, les toréros et autres braconniers… Mais je m’adresse aussi et surtout aux concitoyens qui, me semble-t-il, ont plus de pouvoir aujourd’hui avec leur mode de consommation qu’avec leur bulletin de vote. Je prends l’exemple des œufs en batterie : on voit bien qu’ils vont être interdits, non pas par la volonté du gouvernement ou des ministres successifs mais justement parce que les ventes s’effondrent par la volonté des consommateurs qui refusent d’être complices d’un élevage inacceptable et contre-nature.
Quel est l’animal dont le sort vous émeut le plus dans cet ouvrage ?
Très honnêtement, ils me bouleversent tous. Ce qui me touche le plus peut-être c’est cette souffrance qui s’installe pour les animaux, avec un détachement et une forme de mépris de notre part. Pour moi, l’agression à l’égard du vivant s’apparente à un crime contre l’humanité. Et c’est d’autant plus inacceptable qu’on pourrait mettre un terme immédiatement à certaines de leurs souffrances. Il est évident que la tauromachie et la chasse à courre peuvent être arrêtées. C’est plus difficile lorsque cela demande des transitions pour les modes d’élevage par exemple.

Lettre des animaux à ceux qui les prennent
pour des bêtes (éditions Les Echappés).

Dans vos lettres, il y a un juste équilibre entre les sentiments exprimés par les animaux que vous retranscrivez et des informations très concrètes. Était-ce voulu de ne pas vous placer uniquement sur le registre de l’émotion ?

Il y avait deux choses qui me paraissaient importantes car en donnant la parole aux animaux, il fallait être extrêmement prudent des interprétations possibles. C’est d’abord d’offrir une littérature documentée : les propos que j’avance au nom des animaux ne sont pas simplement des émotions cumulées mais des faits qui sont actés. Le deuxième point, c’est de montrer qu’on peut – notamment par la conscience et les possibilités d’actions des concitoyens – changer les choses !

À la fin de chaque lettre, vous adressez des demandes aux citoyens. Pour vous, il vaut mieux sensibiliser qu’avoir un discours choc ?

Je crois qu’il faut les deux. Mais pour m’être beaucoup battu, et ce n’est pas terminé, je sais qu’il vaut mieux convaincre que vaincre. C’est plus durable. Il ne faut jamais lâcher prise, toujours être en action voire en réaction et en même temps sensibiliser progressivement.

Après toutes ces années à combattre la maltraitance animale, qu’est-ce qui vous choque toujours autant ?

C’est l’indifférence et le poids des lobbies. On a la capacité, à bien des égards, de changer les choses et on ne le fait pas. Prenons l’exemple des états généraux de l’alimentation : même s’ils ont augmenté les peines pour maltraitance, on est en retrait par rapport au projet initial. Je pense notamment au député Olivier Fallorni qui avait obtenu à l’Assemblée nationale la possibilité de placer des caméras dans les abattoirs. Cela a été rejeté et c’est extrêmement grave. Cela me choque. Il y a des doubles langages : d’un côté on nous dit « oui, on ne peut pas en rester là » puis de l’autre, on a beaucoup de mal à bouger.

Êtes-vous plutôt résigné ou plein d’espoir concernant la situation des animaux ?

Ce que je ressens, c’est que l’on a avec l’animal un rendez-vous historique perpétuellement raté. Tout commence avec les philosophes grecs qui nous invitent déjà à avoir de la compassion. Très peu évoquent les animaux.
Il y a les religions monothéistes où l’on aurait pu penser qu’on intégrerait nos voisins de planète les animaux dans une même compassion et un même esprit de solidarité. Malheureusement, dans les 3 religions, on voit bien que les animaux restent à côté du piédestal sur lequel s’est installé l’Homme.

 

Pour m’être beaucoup battu, je sais qu’il vaut mieux convaincre que vaincre.

Il y a des gens comme Montaigne qui vont écrire des pages admirables au 16e siècle sur la capacité des animaux à percevoir les émotions. Il y a le siècle des Lumières au 18e, où l’on pense sortir de l’obscurantisme avec les scientifiques qui vont nous éclairer mais on fait davantage de classification que de sensibilisation.
Même en mai 68 où l’ambiance est au « Peace and Love » et au retour à la nature, on aurait pu penser que tout à coup, on ouvre notre cœur au monde animal et qu’on refuse la maltraitance.

Je crois qu’on arrive enfin, au début du 21e siècle, à une hypothèse de cohabitation. Auparavant, il y avait une sorte de couvercle sur la marmite : on n’a pas voulu voir les élevages industriels ou on s’accommodait de la tauromachie ou autre. Aujourd’hui, notamment avec les images véhiculées par la Fondation 30 Millions d’Amis, L214 et d’autres associations, on ne peut plus échapper à cette réalité.

Si vous étiez un animal, lequel seriez-vous ?

J’ai toujours eu un faible pour les rapaces. Donc je serais un aigle évidemment.

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